L’entretien professionnel devient l’entretien de parcours professionnel (EPP). Nouvelle périodicité, contenu renforcé, rendez-vous de mi-carrière et de fin de carrière : les employeurs doivent adapter leurs pratiques. Pour les dirigeants de TPE et PME, l’enjeu est double : sécuriser la conformité de l’entreprise et faire de ces échanges un véritable outil de gestion des compétences.

 

Entretien de parcours professionnel : une réforme RH structurante

L’entretien de parcours professionnel remplace l’ancien entretien professionnel. Ce changement de nom traduit une ambition plus large : ne plus limiter l’échange à la formation, mais envisager le parcours du salarié dans sa globalité. Compétences mobilisées, évolution des métiers, souhaits de mobilité, reconversion, certification et perspectives d’emploi doivent désormais nourrir un dialogue construit entre l’entreprise et le collaborateur.

L’EPP concerne tous les salariés, quelle que soit la nature de leur contrat ou leur ancienneté, et tous les employeurs, y compris les TPE et PME qui ne disposent pas d’un service RH interne. Il est organisé par l’employeur, conduit par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction et réalisé pendant le temps de travail. Un document écrit doit formaliser l’échange et une copie doit être remise au salarié.

Attention toutefois au calendrier : les nouvelles dispositions de l’article L. 6315-1 du Code du travail sont déjà en vigueur. La date du 1er octobre 2026 concerne plus précisément l’adaptation des accords collectifs d’entreprise ou de branche encore en cours de validité et portant sur la périodicité des anciens entretiens professionnels. Les entreprises ont donc intérêt à mettre leurs pratiques à jour sans attendre cette échéance.

 

Quel est le nouveau calendrier de l’EPP ?

Le dispositif s’organise autour d’un cycle souvent résumé par la formule « 1-4-8 ». Le salarié bénéficie d’abord d’un entretien au cours de la première année suivant son embauche. Tant qu’il reste dans la même entreprise, un nouvel entretien de parcours professionnel est ensuite organisé tous les quatre ans. Enfin, tous les huit ans, l’entretien comprend un état des lieux récapitulatif de son parcours professionnel.

Pour le premier bilan suivant l’embauche, la loi prévoit une souplesse : l’état des lieux peut être réalisé sept ans après le premier entretien. Par ailleurs, un accord collectif peut fixer une périodicité différente, à condition qu’elle ne dépasse pas quatre ans. Cette articulation impose de vérifier les règles conventionnelles applicables avant de bâtir le calendrier de l’entreprise.

L’EPP doit aussi être proposé après certaines interruptions ou évolutions du parcours, notamment au retour d’un congé maternité, d’adoption, parental, de proche aidant ou sabbatique, après une période de mobilité volontaire sécurisée, une période d’activité à temps partiel visée par le Code du travail, un arrêt longue maladie ou un mandat syndical. Cette obligation s’applique lorsque le salarié n’a bénéficié d’aucun EPP au cours des douze mois précédant sa reprise.

 

Deux moments clés : la mi-carrière et la fin de carrière

L’entretien après la visite médicale de mi-carrière

Un entretien de parcours professionnel doit être organisé dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière. Il permet d’aborder, sans que l’employeur ait accès aux données de santé, les éventuelles mesures proposées par le médecin du travail. Les échanges peuvent porter sur l’adaptation des missions ou du poste, la prévention de l’usure professionnelle, les besoins de formation, ainsi que les souhaits de mobilité ou de reconversion.

Pour une PME, ce rendez-vous représente un point de prévention important. Il aide à identifier suffisamment tôt les adaptations nécessaires, à maintenir les compétences dans l’entreprise et à réduire le risque de désinsertion professionnelle. Il gagne donc à être préparé en coordination avec le salarié, le manager et les acteurs compétents, tout en respectant strictement la confidentialité médicale.

L’entretien de fin de carrière

Lors du premier EPP intervenant dans les deux années précédant le soixantième anniversaire du salarié, l’entreprise doit également traiter les conditions de maintien dans l’emploi et les possibilités d’aménagement de fin de carrière. Le temps partiel, la retraite progressive, la transmission des savoir-faire ou l’évolution des missions peuvent notamment être évoqués.

 

Quel contenu aborder pendant l’entretien de parcours professionnel ?

L’entretien ne peut plus reposer sur une conversation informelle ou une trame trop générique. Pour être utile et conforme, il doit couvrir cinq grands thèmes complémentaires :

  • les compétences du salarié, les qualifications mobilisées dans son poste et leurs évolutions possibles au regard des transformations de l’entreprise ;
  • sa situation et son parcours professionnels, en tenant compte de l’évolution des métiers et des perspectives d’emploi ;
  • ses besoins de formation, qu’ils répondent au poste actuel, à l’évolution de l’emploi ou à un projet personnel ;
  • ses souhaits d’évolution, de mobilité, de reconversion, de bilan de compétences, de transition professionnelle ou de validation des acquis de l’expérience ;
  • l’utilisation du compte personnel de formation, les abondements que l’employeur peut financer et le recours au conseil en évolution professionnelle.

L’EPP ne doit pas être confondu avec l’entretien annuel d’évaluation. Le premier s’intéresse au parcours et aux perspectives du salarié ; le second mesure généralement les résultats, la tenue du poste et l’atteinte d’objectifs. Les deux rendez-vous peuvent être rapprochés dans le calendrier, mais ils doivent rester clairement distincts dans leur finalité, leur contenu et leur traçabilité.

 

L’état des lieux à huit ans : un bilan à préparer avec méthode

Tous les huit ans, l’employeur réalise un état des lieux récapitulatif. Ce bilan vérifie que le salarié a bénéficié des entretiens prévus et permet d’apprécier s’il a suivi au moins une action de formation, acquis des éléments de certification par la formation ou par la validation des acquis de l’expérience, et bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’absence des entretiens requis et d’au moins une formation autre qu’une formation obligatoire peut entraîner un abondement correctif du compte personnel de

formation du salarié. Le montant réglementaire est actuellement fixé à 3 000 euros. Au-delà de cette conséquence financière, une traçabilité insuffisante fragilise l’employeur en cas de contrôle ou de contentieux. La conservation des convocations, comptes rendus, preuves de remise et actions décidées est donc essentielle.

 

Pourquoi l’EPP est une opportunité pour les TPE et PME

Bien conduit, l’entretien de parcours professionnel dépasse largement la mise en conformité RH. Dans une petite structure, le départ ou l’indisponibilité d’une seule personne peut désorganiser une activité entière. L’EPP aide à repérer les compétences critiques, anticiper les transmissions, préparer les évolutions de poste et prioriser les formations réellement utiles à la stratégie de l’entreprise.

Ce rendez-vous contribue aussi à fidéliser les collaborateurs. En donnant de la visibilité sur les perspectives, en reconnaissant les compétences acquises et en ouvrant un espace de dialogue sur les projets professionnels, l’entreprise renforce l’engagement et limite certains départs subis. Elle améliore également sa marque employeur, car une politique de développement des compétences concrète constitue un argument d’attractivité sur un marché du travail tendu.

Enfin, les informations recueillies au fil des entretiens peuvent alimenter une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences adaptée à la taille de l’entreprise. L’objectif n’est pas de construire un dispositif lourd, mais de relier les aspirations individuelles aux besoins futurs : digitalisation, évolution réglementaire, croissance, transmission, nouveaux marchés ou transformation des métiers.

 

Comment mettre en place l’entretien de parcours professionnel dans votre entreprise ?

La première étape consiste à établir un état des lieux fiable. Il faut recenser les salariés, leur date d’embauche, les entretiens déjà réalisés, les retours de congé ou d’absence concernés, les dates de visite de mi-carrière et les prochains bilans à huit ans. Ce diagnostic permet de visualiser les priorités et de réduire le risque d’oubli.

L’entreprise doit ensuite mettre à jour ses outils : trame d’entretien, guide destiné aux managers, support de préparation pour le salarié, modèle de compte rendu et procédure d’archivage. La trame doit couvrir les thèmes légaux tout en laissant suffisamment de place à un échange personnalisé. Elle doit également permettre de formaliser les actions envisagées, leur responsable et leur échéance.

La formation des managers est déterminante. Conduire un EPP suppose de savoir écouter, questionner sans promettre ce que l’entreprise ne pourra pas tenir, distinguer évolution professionnelle et évaluation de la performance, puis traduire l’échange en décisions réalistes. Une communication claire auprès des salariés contribue également à installer la confiance et à expliquer l’utilité du dispositif.

Enfin, un pilotage régulier doit être instauré. Un tableau de suivi, des alertes d’échéance et une revue périodique des actions décidées permettent de maintenir la démarche dans le temps. L’efficacité de l’EPP dépend autant de la qualité de l’entretien que du suivi concret donné aux engagements pris.

 

Se faire accompagner par un DRH externalisé pour déployer l’EPP

Toutes les TPE et PME ne disposent pas des ressources nécessaires pour interpréter les obligations, construire les outils, former les managers et suivre chaque échéance. Un DRH externalisé à temps partagé peut prendre en charge tout ou partie du projet : audit de l’existant, planification, création des trames, accompagnement des managers, organisation de la traçabilité et intégration de l’EPP dans une politique RH cohérente.

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En conclusion

L’entretien de parcours professionnel constitue à la fois une obligation à sécuriser et une occasion de mieux piloter les compétences. La nouvelle périodicité, les rendez-vous de mi-carrière et de fin de carrière, l’encadrement du contenu et le bilan à huit ans nécessitent une organisation rigoureuse. En anticipant les échéances et en donnant une suite concrète aux échanges, les dirigeants de TPE et PME peuvent transformer l’EPP en levier de fidélisation, d’employabilité et de performance durable.

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